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La Guilde des Scénaristes :Profession Scénariste #7 Emmanuel Courcol
Affiche "Cessez-le-feu"  

Cessez le feu d'Emmanuel Courcol avec Roman Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois et Julie-Marie Parmentier est actuellement en salles. Il évoque avec délicatesse et sans pathos les traumatismes de la grande guerre et les tentatives de réparation sur les survivants. Le film, sélectionné aux festivals de Locarno et d'Angoulème est le premier le premier long métrage d'Emmanuel Courcol, comédien, réalisateur d'un premier court métrage et scénariste. La Guilde a souhaité qu'il nous parle de son expérience de scénariste-réalisateur.

triangle orange
tirangle gauche titre film CESSEZ-LE-FEU tirangle droit titre film
Peux-tu nous parler de la genèse de ton film ?
Emmanuel Courcol

L'intérêt pour le sujet de Cessez-le-feu est ancien, je l'ai puisé dans mon histoire familiale. Un de mes grands-pères avait fait la guerre de 14 et en était revenu très marqué. La question de savoir comment on faisait pour reconstruire sa vie après avoir vécu une telle expérience traumatique s'est posée à moi il y a longtemps, lorsque j'ai lu les grands romans sur cette guerre et que j'ai pris conscience que ce grand-père était alors un jeune homme de vingt ans plongé dans l'horreur des tranchées.
C'est donc une recherche des origines : il y a une part de moi qui est née dans cette guerre et qui m'a été transmise. Il y a vingt-cinq ans, j'avais écrit une pièce sur ce thème. Elle n'a jamais été jouée. C'est ce texte que j'ai proposé à mon producteur Christophe Mazodier (Polaris Films). C'est la trame de départ de mon scénario.
Le pari était de faire de ce drame intimiste situé dans un décor unique, un film ambitieux, romanesque, qui nous transporterait en Afrique, dans les tranchées, le Paris des Années Folles, la vie provinciale de l'époque, la campagne française etc. dans une fresque brossant le tableau de la société française d'après-guerre. Les personnages de ma pièce de théâtre sont devenus les protagonistes de mon scénario que j'ai mis un an à finaliser sans d'ailleurs rouvrir le texte original. 

 
Comment as-tu géré l'équilibre entre la grande Histoire et l'histoire de ces deux frères ?
Emmanuel Courcol

C'est un film sur la réparation, la reconstruction de soi-même, la résilience, sous la forme d'un voyage géographique et temporel aussi bien qu'intérieur. J'ai voulu traiter l'époque et le drame des blessures psychiques engendrées par les guerres - qu'on ne reconnaitra que beaucoup plus tard, sous le terme de stress post traumatique - par l'intime, sans jamais être explicatif ni démonstratif. Ici l'Histoire ne se raconte que dans le quotidien des rapports familiaux, amicaux et sentimentaux. Georges, le personnage joué par Romain Duris n'est pas bavard et seul son comportement parle pour lui de son traumatisme à travers ses contradictions et ses errements. L'époque reste une toile de fond que j'ai voulue très fidèle et authentique, mais jamais au premier plan, me défiant du genre "film d'époque". Disons que je me suis attaché à "filmer dans l'époque" plutôt qu'à "filmer l'époque". Il m'a fallu évidemment pour cela partir d'une base très documentée sur les plans à la fois historique et clinique.

 
Peux-tu nous parler des conditions de production de ton film ?
Emmanuel Courcol

Une fois le scénario livré, j'ai eu la chance d'obtenir très vite l'accord de Romain Duris qui s'est décidé en 24 heures puis de Céline Sallette. Grégory Gadebois et Julie-Marie Parmentier avec qui j'avais tourné mon premier court métrage étaient déjà partants, nous étions en mars 2014. Sont intervenus ensuite l'engagement de mon distributeur Le Pacte, puis au cours de l'été, celui de France 2 et Canal+.
J'avais entre temps eu l'accord de Tom Stern (chef opérateur de Clint Eastwood). Les financements régionaux sont arrivés : Pays de la Loire, Poitou-Charentes et Dordogne mais nous n'avons pas eu le bonheur d'obtenir l'avance sur recettes.
Le film s'est donc fait. Mais compte tenu de son ambition, il a fallu être malin car il était assez nettement sous financé. J'ai procédé à quelques aménagements de scénario qui se sont finalement avérés plus intéressants, comme quoi les contraintes stimulent parfois l'imagination.
Le tournage a commencé en décembre 2014 au Burkina Faso et s'est achevé en juin 2015 en Anjou, s'étalant sur onze semaines.
Le montage et toute la post production, dont une part importante d'effets spéciaux, ont duré un an et le film fini a été livré en juin 2016.

 
image du tournage du film "Cessez-le-feu"
Triangle sous photo blanc
Après cette expérience de premier long métrage, as-tu envie de retenter l'aventure ?
Emmanuel Courcol

Je retire de cette riche expérience l'envie irrépressible de poursuivre dans la voie de la réalisation. Je suis d'ailleurs actuellement en écriture de mon deuxième long produit par Agat Films. Mon passé d'acteur avait, depuis un moment déjà, créé chez moi cette attente de l'action et du plateau et du rapport avec mes camarades comédiens. Le rôle de réalisateur m'est apparu familier, dès mon premier court-métrage, j'avais mes repères, je me suis tout de suite senti chez moi. C'est aussi la continuation du geste de l'écriture, au tournage puis au montage.

 
Cette expérience a-t'elle modifié ta façon de travailler en tant que scénariste ?
Emmanuel Courcol

Je pense que je vais plus vite à l'essentiel, j'élimine, j'anticipe, je suis plus concret et aussi plus sûr de moi dans mes choix. Selon moi un scénariste, même s'il ne réalise pas, devrait pouvoir venir assister au travail de montage, il en retirerait sûrement un grand bénéfice.
Je continuerai donc dans cette voie en écrivant mes films, seul comme pour Cessez-le-feu, ou bien en collaboration comme actuellement. C'est clairement pour moi la priorité, même si je ne m'interdis pas d'autres collaborations ponctuelles, coécriture ou consultations pour d'autres réalisateurs. Après avoir été confronté à la réalité de la fabrication, je repense parfois à mon travail avec Philippe Lioret, à ce temps que j'aurais gagné dans l'écriture et au stress que je me serais épargné !

 
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un scénariste qui va passer derrière la caméra pour la première fois ?
Emmanuel Courcol

Je n'ai aucun conseil à donner à tout scénariste désireux de se lancer dans cette voie, les parcours sont tellement divers, chacun a son bagage, mais je peux dire que mon expérience d'acteur a été au moins aussi importante pour moi, que celle de scénariste : connaissance parfaite de tous les ressors subtils du script, du texte caché, des couches successives qui le composent et de tout le contexte qui a nourri l'écriture, le tout allié à la connaissance intime du travail du comédien, de ses angoisses, de sa force, de ses infinies possibilités d'incarnation. Ces deux parcours complémentaires ont été une chance et m'ont très heureusement armé pour cette entreprise.

 

Interview réalisée par Christel Gonnard pour la Guilde française des scénaristes.

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